Découvrir que la nounou a eu recours à des punitions physiques ou a maltraité votre enfant est un choc. J'ai déjà accompagné des parents et des collègues sur des situations similaires, et je sais combien on se sent vulnérable, en colère et parfois paralysé par l'incertitude : que faire tout de suite ? Quelles preuves rassembler ? Quels recours existent ? Voici une démarche pratique, réaliste et protectrice, que j'ai rédigée en m'appuyant sur des situations rencontrées et sur les bonnes pratiques professionnelles.
Priorité n°1 : protéger l'enfant immédiatement
La sécurité de l'enfant passe avant toute autre considération. Si vous pensez que votre enfant est en danger immédiat :
Retirez l'enfant de la présence de la nounou et mettez-le en sécurité, chez vous, chez un proche ou dans un lieu sûr.Appelez les services d'urgence si nécessaire : 17 (police/gendarmerie) ou 112. Pour une situation d'enfance en danger en France, le 119 (Allô Enfance En Danger) est une ressource dédiée.Si l'enfant a des blessures visibles, conduisez-le chez le médecin ou aux urgences pour un examen et demandez un certificat médical décrivant les lésions — ce document est crucial comme preuve médico-légale.Récolter et conserver les preuves
Les preuves sont essentielles si vous souhaitez que la situation soit prise au sérieux par l'employeur, les autorités ou un tribunal. Voici ce que je conseille de rassembler :
Photos des blessures (avec date/heure si possible).Certificat médical, compte rendu d'urgence ou d'examen pédiatrique.Messages, mails ou échanges écrits (SMS, WhatsApp, e‑mail) avec la nounou ou l'agence. Conservez tout en doublon.Éventuels témoins : autre enfant gardé, voisins, membres de la famille, amis ou une autre personne présente lors d'un incident. Notez les coordonnées et demandez un témoignage écrit si possible.Journal de bord : une chronologie détaillée (dates, heures, lieux, faits, paroles exactes): c'est souvent ce qui permet de reconstituer les événements.Si vous avez des enregistrements vidéo (caméra de surveillance installée par vous) ou audio : conservez les originaux. Attention au cadre légal : en tant qu'employeur chez vous, vous pouvez installer une caméra pour la surveillance de l'enfant, mais il faut respecter la vie privée (pas d'enregistrement dans la chambre de la nounou, par exemple) et informer l'employé·e. Si vous n'êtes pas sûr·e, demandez un avis juridique avant de publier ces enregistrements.Que dire (et ne pas dire) à la nounou lors d'une confrontation
Il est normal de vouloir affronter la nounou sur-le-champ, mais je recommande la prudence. Une confrontation émotionnelle peut compliquer la situation et mettre en danger des preuves ou l'enfant.
Ne pas élever la voix, ne pas menacer physiquement.Évitez les aveux forcés : dites simplement que l'enfant est en sécurité, que vous avez des inquiétudes et que vous allez mener des vérifications.Si vous choisissez de parler immédiatement, faites-le calmement, en présence d'un témoin si possible, et notez exactement ce qui est dit.Informer et agir en tant qu'employeur
Si la nounou est votre salariée (garde à domicile), vous êtes l'employeur et devez suivre une procédure de gestion du personnel :
Suspendez la nounou si vous jugez nécessaire pour la sécurité (suspension provisoire payée ou non selon le contrat et la gravité) — demandez conseil juridique.Rassemblez les preuves pour justifier une éventuelle rupture du contrat pour faute grave ou faute lourde. Dans ces cas-là, la procédure disciplinaire doit être respectée (convocation, entretien préalable, lettre de licenciement avec motifs précis).Si la nounou est employée via une agence, informez immédiatement l'agence et demandez la suspension ou le retrait du professionnel en attendant les vérifications.Signaler aux autorités compétentes
Selon la gravité des faits, différentes instances peuvent être contactées :
Police/gendarmerie : déposer une plainte si violences ou mauvais traitements. Le dépôt de plainte déclenche une enquête.119 (Allô Enfance en Danger) : pour signaler une situation préoccupante, obtenir des conseils et une prise en charge institutionnelle possible.Protection maternelle et infantile (PMI) ou service de protection de l'enfance du conseil départemental : pour signaler et demander un accompagnement.Inspection du travail ou prud'hommes : en cas de litige lié au contrat de travail.Un avocat spécialisé en droit de la famille ou en droit du travail : pour vous accompagner dans la procédure et préparer les actions légales appropriées.Garder une traçabilité écrite — modèle de démarche
Une trace écrite formalise vos démarches et peut servir de support légal :
Rédigez une lettre recommandée avec accusé de réception à la nounou (ou à l'agence) faisant état des faits, demandant une explication et indiquant les mesures prises (suspension, dépôt de plainte, etc.).Envoyez une copie à l'agence ou conservez une copie pour vous. Ajoutez toutes les pièces jointes (photos, certificat médical).Notez toutes les démarches : dates d'appels aux services, noms des interlocuteurs, résumés des échanges.Accompagnement de l'enfant après les faits
Les conséquences psychologiques peuvent être durables même si l'agression n'est pas sévère physiquement. Je conseille :
Consulter un pédiatre ou un psychologue pour enfant pour évaluer l'impact et proposer un accompagnement.Parler à l'enfant à son niveau, sans le forcer : lui dire que vous êtes là, que ce n'est pas sa faute, et l'écouter. Utilisez des phrases rassurantes et adaptées à son âge.Si l'enfant retourne en garde, prévoir une période de transition progressive et sécurisée avec une autre personne de confiance.Prévenir plutôt que guérir : mesures préventives pour l'avenir
Pour éviter de revivre une situation similaire, voici des pistes pratiques :
Mettre en place un contrat clair avec clauses liées au comportement et à la sécurité.Demander des références et vérifier les antécédents avant l'embauche.Maintenir un dialogue régulier avec la nounou : réunions, compte-rendus journaliers, cahier de liaison.Envisager des outils de surveillance adaptés et légaux (caméra visible et déclarée si vous êtes l'employeur) et définir des zones protégées (pas d'enregistrement dans les espaces privés).Former la nounou aux bonnes pratiques (gestes d'apaisement, discipline positive, puériculture) et partager vos règles éducatives dès le départ.Ressources utiles
En cas de doute, n'hésitez pas à vous appuyer sur des organismes compétents : services sociaux départementaux, PMI, 119, police/gendarmerie, et un avocat spécialisé. Ces interlocuteurs peuvent vous orienter sur la meilleure stratégie à adopter selon la gravité des faits.
Si vous êtes confronté·e à cette situation, écrivez-moi via Thenannysearch si vous avez besoin d'un exemple de lettre, d'un modèle de chronologie ou d'une checklist de preuves à imprimer. Je peux aussi partager des témoignages anonymisés qui illustrent des démarches concrètes et utiles pour ne pas rester seul·e face à ce type d'épreuve.